Verónica González Arrodondo, « Je ne suis pas ce corps », 2/2

Extrait de la lecture du 27 octobre 2018 au café-librairie l’Ivraie, publié avec l’aimable autorisation des éditions RAZ https://razeditions.jimdo.com/

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Julio Cortázar, « Crépuscule d’automne »

En partenariat avec Poèmes bleus, les 10 & 24 novembre prochains, au café-librairie l’Ivraie, nous présenterons et lirons des extraits de Crépuscule d’automne de Julio Cortázar, éditions Corti, traduction de Silvia Baron Supervielle.

CortázarFils d’un diplomate argentin, Julio Cortázar né en Belgique, passe une partie de sa vie dans la banlieue de Buenos Aires, puis, opposé au péronisme, émigre à Paris en 1951. Employé à l’UNESCO comme traducteur, il accède à la nationalité française en 1981, trois ans avant sa mort. Comme Cesar Vallejo, il est enterré au cimetière Montparnasse.
Surtout connu pour ses nouvelles et ses romans à l’étrange humour, avec Crépuscule d’automne l’auteur compose un recueil testamentaire qui mêle étroitement prose et poésie. Les « poèmes […] comme de vieilles et fidéles photographies » sont regroupés selon un ordre qui ne doit rien à la chronologie mais aux mouvements d’une pensée rêveuse et digressante.
« Et je sais aussi que je suis ce que je rêve et que je rêve ce que je suis ».
Les proses qui accompagnent les poèmes en précisent parfois les circonstances, comme dans le Journal d’hiver du poète japonais Bashó auquel, pour le titre, est empruntée la dernière ligne d’un de ses haïku (« Ô ce chemin / plus personne ne le parcourt / crépuscule d’automne »).
D’autres fois, ces textes sont des commentaires sur la manière dont l’ouvrage se construit. « Je sépare des feuilles de cahiers et de chemises, je jette celles qui ne me disent rien, je joue avec un hasard où le temps et les humeurs bondissent comme les pièces d’un puzzle bouleversé ».
Parfois aussi se glissent des auto-critiques : « …’Glauque gong d’antique grâce’ […] Il faut le faire comme on dit par ici » ou des critiques de Polanco et Calac ces deux doubles de l’auteur.
Les poèmes (méopes, péomes ou prosèmes) quant à eux « …tels qu’ils étaient […] gardaient dans leurs petits bocaux de ludions le noyau le plus personnel qu’il me serait jamais donné d’écrire ». Ils convoquent le banal, le familier, Buenos Aires, les femmes aimées, la mélancolie amoureuse, le double, le temps, l’humour, la mythologie, le tabac, le whisky, etc. et se plaisent souvent à adopter en toute liberté la forme convenue du sonnet.
« …je commence à m’amuser, au moins il n’y aura aucun risque de solennité en tout ceci ». Ce tout ceci, éclairé par le goût du jeu, dessine une manière de récit.

Jacques Vincent

Verónica González Arredondo, « Je ne suis pas ce corps »

Samedi 13 octobre, midi, au café-librairie l’Ivaie, présentation et lecture d’extraits du recueil : « Je ne suis pas ce corps » de Verónica González Arredondo, , traductrice Élise Person, éditions RAZ.
V. González ArredondoVerónica González Arredondo née en 1984 à Guanajuato au Mexique, enseigne la philosophie et l’histoire des idées à l’Université autonome de Zacatecas.
« Je ne suis pas ce corps » est un recueil de poèmes regroupés en neuf ensembles qui prêtent voix à des « disparues », mortes assassinées, suppliciées, démembrées, échouées.
Un corps / visage / lèvres / enterré sous le sel: / notre nom. Dans la rage d’arracher jusqu’au nom qui les firent exister, leurs restes furent noyés au fond de l’océan ou répandus dans le désert .
La bête m’a tirée par les pieds / agrippée à mes ongles / grimpée sur mon dos / on m’a dit : ne t’endors pas / mais personne n’a précisé : / ne rêve pas. De vers et de prose, le souffle de l’écriture de Verónica González Arredondo autorise ces rêves.
Le souvenir des images et des propos de « Nostalgie de la lumière » et « Le bouton de nacre », films du réalisateur chilien Patricio Guzmán ont accompagné ma lecture de cet ouvrage qui obtint en 2014 le prix national de poésie López Velarde.

Jacques Vincent

Franck Venaille, Hourra les morts !

Les 15 & 29 septembre 2018, nous lirons au café-librairie l’Ivraie des extraits de « Hourra les morts ! » de Franck Venaille, éditions Obsidiane.
Franck VenailleLe poète est né en 1936 à Paris et mort le 23 août 2018. Ses ouvrages lui doivent de nombreux prix littéraires dont , en 2017 le Goncourt de la poésie pour « Requiem de guerre » et le Grand prix national de la poésie pour l’ensemble de son œuvre. À partir de 1974 il travailla à France-culture, collaborant à la production d’émissions dans le cadre des « Nuits magnétiques ».
« Hourra les morts ! » fait ressurgir le XIème arrondissement de Paris, quartier populaire à l’époque où le poète y passa son enfance et une partie de sa jeunesse. C’est un recueil de poèmes, en prose pour la plupart, découpé en ensembles bornés par des titres tous surmontés de la mention Paris. Comme en prologue de chaque partie, des poèmes où se mêlent vers et prose composés en italique sont comme des lettres adressées au lecteur. L’écriture est animée de secousses angoissées, de tremblements de mémoire et des douleurs intimes qui la hantent : « moi je suis habité par des mélancolies qui me bouleversent ». La langue puise dans une matière mouvante d’ombres, de poussières et d’inquiétudes, arrête les mots dans leur voyage pour former un paysage plein de vitalité et d’étranges flamboyances où les variations syntaxiques et les déplacements de regard dessinent de singuliers chemins. « Car le laid enfin a droit de cité. Le laid n’est pas le frère à l’envers du beau. C’est par lui que l’on atteint au divin ».

Jacques Vincent